Vous êtes dans : Accueil > Histoire locale > Célébrités > Capitaine BIGOT

Capitaine BIGOT

La frégate "La Seine" avait été envoyée dans la mer des Indes en 1796.

 

Le 6 avril 1798, le commandement en était confié au lieutenant de vaisseau Julien BIGOT avec l'ordre de rapatrier en France 400 personnes. L'équipage de "La Seine" fut donc réduit à 200 marins (au lieu de 300 en temps normal) ce qui donnait 610 hommes à bord. La frégate fit une heureuse traversée et après 84 jours de voyage, à l'aube du 29 juin, les vigies crièrent "terre" mais hélas presqu'aussitôt "voiles à l'horizon". Plusieurs bâtiments anglais coupaient la route à "la Seine".

Le combat était inévitable et inégal, il fut extrêmement violent mais "la Seine" succomba sous le nombre :

<< "La Seine" était alors démâtée de tous mâts, sans gouvernail, avait neuf pieds d'eau dans la  cale, toute sa batterie démontée excepté 2 pièces de 18 et une de 8, plus de 400 hommes tués ou hors de combat. Quant au capitaine BIGOT, ses vêtements et son chapeau étaient criblés de balles et de mitraille. Celui-ci se voyant submergé par le nombre d'ennemis, jugeant que toute résistance était désormais inutile - et impossible avec un navire échoué et dans un tel état - et ne pouvant rien faire pour sauver à terre le reste de son équipage (toutes les embarcations de "La Seine" avaient été pulvérisées par la mitraille) dut se résoudre, la mort dans l'âme, à amener son pavillon et à cesser le combat, vers 3 heures du matin, après 10 heures de lutte effroyable. A bord de "La Seine", c'était la désolation, cette belle frégate qui la veille encore, présentait l'aspect le plus animé et portait avec orgueil les couleurs françaises, n'offrait plus alors aux yeux de ceux qui l'avaient si bravement défendue, que l'image de la destruction : criblée de toutes parts de boulets et de mitraille et totalement démâtée, son pont teint de sang et jonché de débris humains, des fragments de mâture et de gréement recouvrant en partie des têtes, des bras, des jambes et des troncs d'hommes, toutes les embarcations en pièces. >>

Le lecteur doit se demander ce que vient faire cette histoire sur le site de notre commune, le récit d'un tel carnage : tout simplement parce que Julien Gabriel BIGOT, le commandant héroïque de "La Seine" est né le 4 avril 1761 à Villaines-la-Juhel.

La famille BIGOT possédait des terres sur notre commune et en particulier la ferme de la Richardière.

Ce qui est curieux, c'est la vocation maritime de ce jeune homme, vocation inattendue dans une famille terrienne et qui lui serait venue par haine de l'Angleterre et par la présence d'une statue de St Georges se trouvant dans l'église de Villaines. " A l'âge de 12 ou 13 ans, nourrissant déjà une haine tenace pour l'Anglais qui nous narguait sur les mers, le jeune garçon se préparait à une expédition punitive contre la statue de St Georges (Saint patron de l'Angleterre) symbole odieux entre tous. Il ne s'agissait rien moins que de décapiter ladite statue, mais le projet fut découvert par les autorités paternelles ... Afin d'éviter un scandale dans le pays et quelques menus ennuis avec le clergé local, son père décida de l'envoyer comme mousse dans la marine. Là, au moins, il aurait l'occasion d'en découdre avec l'Anglais ... occasions qui ne manqueront pas au cours de sa longue carrière."

La carrière de Julien BIGOT est en effet bien remplie. A treize ans, il embarque comme mousse puis devient novice et ensuite timonnier. Il navigue beaucoup et se forge une solide expérience de marin. En 1793, il est enseigne de vaisseau. Il commandera de nombreux vaisseaux et pourra en découdre avec les Anglais qui le feront d'ailleurs plusieurs fois prisonnier. Au cours de ses combats, il reçoit de nombreuses blessures mais jamais son moral ne sera entamé.

En 1801, il se fixe à Brest où il se marie (5 enfants naîtront de cette union). Il repart en campagne mais n'aura plus l'occasion de combattre. Le 1er juin 1815, il prend sa retraite (il avait 35 ans et 11 mois de service). "Le 15 mars 1817, il décède à Brest, dans son lit à l'âge de 56 ans, usé prématurément par les blessures reçues au combat, les années de captivité et le coeur meurtri sans doute d'avoir assisté au déclin de notre marine et au triomphe de son ennemi juré l'Anglais".